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LA PEINTURE
C'EST DE LA MUSIQUE

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PEINDRE COMME ON JOUE DE LA MUSIQUE

"Je ne peins pas sur de la musique, je joue de la peinture !". Mathias Duhamel aborde son travail comme celui d'un musicien qui aurait pour instrument la matière de peinture. En une vingtaine d'années, le Concert de Peinture est devenu un genre de performance artistique à part dans lequel la matière picturale est analogue à la matière musicale : éphémère.


Ne vous attendez pas à voir un tableau artistique se construire progressivement sur un fond musical mais plutôt, comme les nuages changeants dans le ciel d'un soir, à voir de la matière de peinture se fondre en musique et traverser le temps du concert en se transformant sans cesse jusqu'à s'évanouir dans un silence visuel. En effet, dans les performances de Mathias Duhamel, comme dans l'exécution d'une musique, la peinture se déroule dans le temps et non dans l'espace de la toile. Du début à la fin de la performance, sur un même support, Mathias Duhamel fait apparaître puis disparaître des matières, des formes et des couleurs. L'œuvre est une succession de scènes en mouvement dont chacune recouvre la précédente.

 

Dans l'esprit de Mathias Duhamel, "Concert de Peinture" est une expression analogue à "Concert de Piano". Le premier mot définit ce qui est offert, le second définit l'instrument qui permet le partage. L'instrument de Mathias Duhamel est donc clairement la "matière de peinture".

Redéfinir la peinture

Si l'anglais distingue "painting" (le tableau artistique) de "paint" (la matière de peinture), le vocabulaire de la langue française utilise le même mot "peinture" pour ces deux sujets, ce qui accentue une confusion qui a toujours conditionné notre vision de la peinture. On attend toujours d'un peintre qu'il produise un résultat à contempler que l'on peut accrocher sur un mur. Or, pour le peintre, la peinture est avant tout une "matière" qu'il utilise pour l'acte de peindre. Peindre est pour lui un processus de création, éphémère, qui se déroule dans sa tête et par ses mains, dans le temps précis où il réalise son œuvre. Tout ce qui suit cet instant relève davantage de la valorisation de l'œuvre vis-à-vis du regard des autres, une sorte de vibration qui se prolonge et se partage, et même se commercialise, mais, pour l'artiste, la création elle-même est terminée. En clair, ce n'est pas parce qu'on utilise une toile et des pinceaux qu'il faut nécessairement répondre à la norme attendue : réaliser une peinture agréable à l'œil. Comme le dit très bien l'écrivain Jean-Baptiste Andréa : "L'art est la possibilité d'échapper à toutes les normes".

 

Tout défilement est de la musique

 

Une musique vibre et nous fait vibrer parce qu'elle est avant tout un défilement d'unités dont la perception globale laisse une trace émotionnelle. Nous comprenons facilement un défilement de notes, de sons. En élargissant le principe, une musique peut-être aussi un défilement de choses, d'objets, de mots, d'images, de gestes, de fragments de peinture. Les poètes parlent de la "musique des mots" parce que leur diction en mouvement est précisément ce qui procure l'émotion. Mathias Duhamel défend une vision musicale de la peinture. Une vision en mouvement, diamétralement opposée à la vision statique d'une peinture achevée et à contempler.

 

 

L'intention gestuelle

Mathias Duhamel emprunte aux musiciens, aux chefs d'orchestres, aux danseurs, aux comédiens, la nécessaire gestuelle des intentions de jeu sans laquelle aucune émotion réelle ne pourrait s'exprimer.

Les gestes déclenchés par des intentions sont des impulsions nécessaires qui propulsent la matière sonore ou visuelle plus loin ou plus profondément. Pour créer, des artistes peintres célèbres, comme Jackson Pollock ou Fabienne Verdier, ont emprunté aux musiciens la spontanéité de la gestuelle. Comment faire autrement pour créer ? L'actrice Juliette Binoche confiait sur France Inter "qu'il existe une magie dans le travail des artistes : celle qui consiste à faire descendre une intention dans la matière".


Dans le Concert de Peinture, la gestuelle des intentions était totalement absente dans les premières années. Elle s'est imposée naturellement au fil des années. Une forme chorégraphique étrange est apparue. Là où certains y verront une exagération théâtrale, Mathias Duhamel soutient que, sans cette gestuelle expressive, la matière picturale ne pourrait rejoindre la matière sonore de la musique.

Peinture et musique, une longue histoire de vibrations


Vibration sonore et vibration des couleurs : y a-t-il réellement un rapport scientifique incontestable ou est-ce une appréciation relative ?

Le questionnement sur la synesthésie des sons et des couleurs a été mille fois posé dans le passé par de nombreux artistes et scientifiques :

 

En 1575, le peintre italien Arcimboldo développe un projet de transfert de la musique en valeurs de couleurs, convaincu que peinture et musique obéissent aux mêmes lois : "il existe une relation fixe entre les proportions harmoniques des tons et les demi-teintes des couleurs".

En 1740, le mathématicien Louis-Bertrand Castel défend l'art en mouvement et publie "l'optique des couleurs", un ouvrage dans lequel il expose sa théorie : "l'œil est affecté par la succession des couleurs comme l'oreille est affectée par la succession des sons".

 

En 1906, le compositeur  Arnold Schönberg peint régulièrement pendant une dizaine d'années, parallèlement à son travail de musicien. Pour ce compositeur, il s'agit de "peindre l'âme". Sa démarche aura une grande influence sur les recherches musicales de l'inventeur du dodécaphonisme.

En 1912, le peintre russe Vassily Kandinsky peint "l'Arc Noir", une œuvre totalement abstraite dans laquelle le mouvement et la spontanéité des formes et des couleurs cherchent à restituer la musique de Wagner. Au-delà du peintre, Kandinsky se sent alors "chef d'orchestre" de sa toile et qualifie son sujet "d'abstraction lyrique". Il définit également les oppositions de formes comme des "dramas", allusion à peine voilée aux opéras. Delaunay et Kandinsky seront des complices historiques du rapport entre entre musique et peinture. Leurs démarches abstraites sont restées dans la mémoire collective comme des ondes visuelles évidentes.

En 1915, le compositeur Alexandre Scriabine invente son clavier à lumières, dit "Luce". La partition du « Luce » est notée sur une portée en clé de sol en deux parties, l'une suivant l'échelle chromatique, l'autre suivant le cycle des quintes.

En 1919, le compositeur danois Thomas Wilfred développe un orgue de couleurs qu'il baptiste "Clavilux" voulu comme des "lumières jouées par les touches".

 

En 1925, le pianiste et compositeur hongrois Alexander László écrit le texte "Color-Light-Music" et fait une tournée en Europe avec un orgue à couleurs. Le « Fablichtklavier » (pianoforté couleur) est décrit dans le livre, « Fablichtmusic ».

 

En 1926, le compositeur et chef d'orchestre tchèque Miroslav Ponc présente à l'exposition Devětsil de Prague, un modèle de « musique de couleur » permettant la connexion mécanique de la musique, des mots, des lumières et des couleurs.

 

Vers 1950, le compositeur Olivier Messiaen confiait son penchant pour la synesthésie des sons et des couleurs : "Comme les sons bougent, changent, se meuvent, les couleurs remuent avec eux en de perpétuelles transformations".

La liste de ces exemples est loin d'être exhaustive !

 

Toutes les recherches de ces personnages illustres étaient fondées sur des approches théoriques, mathématiques ou intellectuelles qui tentaient de mettre à jour une logique "mécanique" entre vibrations sonores et vibrations des couleurs. Pour Mathias Duhamel, la plus belle approche est encore celle de Mark Rothko qui confiait : "je suis devenu peintre parce que je voulais élever la peinture au même niveau d’intensité que la musique et la poésie".

Car relier un note à une couleur de façon statique n'a aucun sens en soi. La musique ne peut se résumer à des sonorités séparées. Pas plus que la peinture à des tubes de couleurs indépendants. Le point commun de ces 2 arts ne peut venir que de leur "défilement dans le temps".

 

Les 2 versions du Concert de Peinture

Mathias Duhamel "joue" de la peinture alternativement dans 2 registres musicaux.

 

MUSIQUE ÉCRITE. Le Concert de Peinture basé sur des œuvres de musique classique, moderne ou contemporaine, est une interprétation rigoureuse de l'œuvre musicale, interprétée avec de la matière de peinture. Dans un temps limité par le compositeur lui-même, le peintre respecte le rythme de chaque mouvement musical. Pour ces performances, Mathias Duhamel consacre un temps important à l'étude de l'œuvre du compositeur et à l'écriture d'une partition de peinture. Il organise des répétitions méthodiques en atelier pour que rien ne soit laissé au hasard.

MUSIQUE IMPROVISÉE. Le Concert de Peinture basé sur une improvisation totale entre peintre et musicien s'assimile plutôt à un dialogue spontané entre les 2 artistes qui utilisent leurs langages artistiques respectifs pour se parler, se questionner et se répondre. Par principe, Mathias Duhamel ne prévoit aucune limitation à la durée de la discussion artistique qui varie en fonction des inspirations réciproques. Dans la réalité des concerts, on constate qu'elle peut parfois se dérouler en quelques minutes intenses ou s'étaler sur plus d'une heure lorsque le dialogue ne semble pas épuisé.

Références :

Jean-Yves Bosseur, compositeur : "Peinture et Musique"

Léopold Tobisch : "Voir la musique" émission France Musique

Pascale Bouhenic, réalisatrice : Mark Rothko, "la peinture vous regarde"

Philharmonie de Paris : Musique et Arts Visuels / Musique et Peinture

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